Sous-traitant, co-traitant, fournisseur : qui est qui
L’article 1er de la loi n° 75-1334 définit la sous-traitance comme l’opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant, l’exécution de tout ou partie du contrat d’entreprise conclu avec le maître d’ouvrage. L’article 2 ajoute qu’un sous-traitant est considéré comme entrepreneur principal à l’égard de ses propres sous-traitants : c’est ce qui crée la sous-traitance de rang 2, puis de rang 3.
| Situation | Qui signe avec le client | Régime |
|---|---|---|
| Sous-traitance | L’entrepreneur principal seul | Loi de 1975 : agrément, garantie de paiement, action directe |
| Co-traitance | Chaque entreprise, pour sa part | Pas de loi de 1975 : chacun facture le client |
| Fourniture de matériaux sans pose | Contrat de vente | Ni sous-traitance ni travaux immobiliers |
Un exemple. Un maçon signe un marché de 38 000 € HT pour une extension. Il confie le lot électricité (6 400 € HT) à un électricien qui n’a aucun contrat avec le propriétaire : l’électricien est son sous-traitant. Si, au contraire, le propriétaire signe lui-même avec le maçon et avec l’électricien, il y a deux contrats directs, donc pas de sous-traitance.
L’agrément du sous-traitant et de ses conditions de paiement
L’article 3 impose à l’entrepreneur qui recourt à un sous-traitant de faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître d’ouvrage, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du marché. Le maître d’ouvrage peut demander à voir les contrats de sous-traitance.
Ce qui se passe sans agrément est écrit au même article : l’entrepreneur reste tenu envers le sous-traitant, mais il ne peut pas lui opposer le contrat de sous-traitance. Pour le sous-traitant, l’absence d’agrément ne supprime donc pas sa créance. Elle le prive en revanche des protections qui supposent un sous-traitant accepté, comme le paiement direct de l’article 6 en marché public.
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Le sous-traitant se déclare
L’entrepreneur principal présente le sous-traitant au maître d’ouvrage, avec la nature et le prix de ses travaux.
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Le maître d’ouvrage accepte
Il accepte le sous-traitant et agrée ses conditions de paiement, de préférence par écrit et avant son arrivée sur le chantier.
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Le contrat est signé
Le sous-traité est signé, avec la garantie de paiement de l’article 14 (voir ci-dessous).
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Le dossier est conservé
Le sous-traitant garde l’acceptation, l’agrément et le contrat : ce sont ses preuves si le paiement se complique.
Caution ou délégation de paiement : la garantie du sous-traitant
L’article 14 pose une règle dure : à peine de nullité du sous-traité, les sommes dues au sous-traitant sont garanties par une caution bancaire personnelle et solidaire obtenue par l’entrepreneur auprès d’un établissement agréé. La caution n’a pas à être fournie si l’entrepreneur délègue le maître d’ouvrage au sous-traitant, à hauteur des prestations exécutées : dans ce cas, c’est le maître d’ouvrage qui s’engage à payer le sous-traitant.
Côté pratique, un sous-traitant qui signe sans l’une de ces deux garanties s’expose à un contrat nul. Demandez l’attestation de caution ou la délégation avant de commencer, et gardez-la avec le contrat. La trame d’un contrat qui les prévoit est dans le modèle de contrat de sous-traitance BTP.
Être payé : paiement direct ou action directe
Deux mécanismes protègent le sous-traitant contre l’entrepreneur qui ne paie pas, et ils dépendent de la nature du marché.
- Marché public : le paiement direct
- L’article 6 prévoit que le sous-traitant direct du titulaire, accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées, est payé directement par le maître d’ouvrage pour sa part du marché, y compris si l’entrepreneur est en liquidation. Un seuil de 600 euros s’applique. Les règles sont reprises dans le Code de la commande publique.
- Marché privé : l’action directe
- L’article 12 donne au sous-traitant une action directe contre le maître d’ouvrage si l’entrepreneur principal ne paie pas un mois après mise en demeure, avec copie au maître d’ouvrage. La renonciation à cette action est réputée non écrite, et elle subsiste en cas de liquidation. Elle est limitée aux sommes que le maître d’ouvrage doit encore à l’entrepreneur (article 13).
La démarche détaillée, les délais et les courriers sont dans le guide sur le paiement direct du sous-traitant. Pour les relances classiques avant d’en arriver là, voir relancer une facture impayée.
TVA en sous-traitance : l’autoliquidation
Pour les travaux immobiliers sous-traités entre deux assujettis établis en France, la TVA n’est pas facturée par le sous-traitant : elle est due par l’entrepreneur principal, qui la déclare et la déduit. La facture du sous-traitant part hors taxes, avec la mention « Autoliquidation ». Les conditions, la mention exacte et les erreurs à éviter sont dans le guide de l’autoliquidation de TVA en sous-traitance BTP.
Un sous-traitant en franchise en base de TVA ne porte pas cette mention : il écrit « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » jusqu’au 31 décembre 2026, puis « TVA non applicable, article L. 233-3 du CIBS » à partir du 1er janvier 2027.
La facture du sous-traitant : mentions, avancement, retenue
La facture d’un sous-traitant est adressée à l’entrepreneur principal, son client, et non au maître d’ouvrage. Elle porte les mentions de toute facture professionnelle, et le même devis d’origine que le contrat. Sur un chantier long, elle prend la forme de situations de travaux poste par poste, comme pour le titulaire.
Client : [entrepreneur principal], donneur d’ordre
Chantier : [adresse], marché de [maître d’ouvrage] du [date]
Référence du sous-traité : n° [numéro] du [date], accepté par le maître d’ouvrage le [date]
Travaux de la période : [lot et postes], avancement cumulé [x] %
Montant HT de la période : [montant] €
Autoliquidation
Retenue de garantie de 5 % : [montant] € (le cas échéant), libérable un an après la réception
Compte prorata : [x] % soit [montant] € (le cas échéant)
Net à payer : [montant] €
La retenue de garantie et le compte prorata n’existent que si le contrat les prévoit. L’article 4 de la loi du 16 juillet 1971 rend la retenue de garantie applicable aux conventions de sous-traitance.
Pour la retenue, voir la retenue de garantie sur travaux. Pour le compte prorata, voir la définition du compte prorata.
Pour émettre une telle facture, Deviseo sert comme pour n’importe quel document : devis, situations de travaux, acompte déduit, avoir. Le sous-traitant n’a pas de fonction dédiée : il saisit lui-même la mention. La page sur les situations de travaux montre le fonctionnement du cumul.
Assurance et réception : ce que le sous-traitant garde à l’esprit
Le sous-traitant répond de ses travaux envers l’entrepreneur principal. Demandez-lui, ou fournissez à votre donneur d’ordre, l’attestation d’assurance décennale en cours de validité : le détail est dans le guide décennale, biennale, parfait achèvement. La garantie de parfait achèvement court à partir de la réception, constatée par un procès-verbal de réception. La retenue de garantie est libérée un an après cette réception.
Questions fréquentes
Un sous-traitant BTP peut-il être payé directement par le client ?
En marché public, oui : le sous-traitant accepté et agréé est payé directement par le maître d’ouvrage (article 6 de la loi de 1975). En marché privé, il dispose de l’action directe contre le maître d’ouvrage après mise en demeure de l’entrepreneur, ou d’une délégation de paiement si elle a été prévue.
Que risque un sous-traitant qui n’a pas été agréé ?
Il reste créancier de l’entrepreneur principal, qui ne peut pas lui opposer le contrat (article 3). En revanche, il perd les protections qui supposent un sous-traitant accepté, notamment le paiement direct en marché public.
Le contrat de sous-traitance doit-il être écrit ?
Oui en pratique : l’acceptation et l’agrément des conditions de paiement (article 3) et la garantie de paiement (article 14) reposent sur des documents. Un contrat écrit est le seul moyen de les prouver en cas de litige.
Le sous-traitant doit-il facturer la TVA ?
Non, pour des travaux immobiliers sous-traités entre deux assujettis établis en France : il facture hors taxes avec la mention « Autoliquidation ». Sous franchise en base, il porte la mention de l’article 293 B du CGI.
Y a-t-il une retenue de garantie sur le sous-traitant ?
Oui si le contrat la prévoit : la loi du 16 juillet 1971 s’applique aux conventions de sous-traitance (article 4), avec le même plafond de 5 % et la même libération un an après réception.
Sources
- Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, Légifrance consultée le 7 octobre 2026
- Article 3 de la loi de 1975 (acceptation et agrément) consultée le 7 octobre 2026
- Article 6 de la loi de 1975 (paiement direct) consultée le 7 octobre 2026
- Article 12 de la loi de 1975 (action directe) consultée le 7 octobre 2026
- Article 14 de la loi de 1975 (caution ou délégation) consultée le 7 octobre 2026
- Article 14-1 de la loi de 1975 (obligations du maître d’ouvrage) consultée le 7 octobre 2026
- Loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 sur les retenues de garantie, Légifrance consultée le 7 octobre 2026
- Code de la commande publique, paiement du sous-traitant (articles L2193-10 à L2193-13) consultée le 7 octobre 2026