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Guides pratiques

Sous-traitant BTP : agrément, paiement, TVA et facture

Un sous-traitant BTP est une entreprise à qui un entrepreneur confie, sous sa responsabilité, tout ou partie d’un chantier qu’il a lui-même signé. La loi du 31 décembre 1975 fixe ce que chacun doit faire pour que le sous-traitant soit payé : agrément, caution, paiement direct ou action directe, puis autoliquidation de la TVA. Ce guide suit le fil d’un chantier, du contrat à la facture, et s’inscrit dans la facturation à l’avancement : la situation de travaux du sous-traitant n’est pas celle du titulaire.

Par Anas Rabhi Mis à jour le 27/10/2026 7 min de lecture

Sous-traitant, co-traitant, fournisseur : qui est qui

L’article 1er de la loi n° 75-1334 définit la sous-traitance comme l’opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant, l’exécution de tout ou partie du contrat d’entreprise conclu avec le maître d’ouvrage. L’article 2 ajoute qu’un sous-traitant est considéré comme entrepreneur principal à l’égard de ses propres sous-traitants : c’est ce qui crée la sous-traitance de rang 2, puis de rang 3.

SituationQui signe avec le clientRégime
Sous-traitanceL’entrepreneur principal seulLoi de 1975 : agrément, garantie de paiement, action directe
Co-traitanceChaque entreprise, pour sa partPas de loi de 1975 : chacun facture le client
Fourniture de matériaux sans poseContrat de venteNi sous-traitance ni travaux immobiliers
Trois montages qui se ressemblent sur le chantier et se distinguent par le contrat.

Un exemple. Un maçon signe un marché de 38 000 € HT pour une extension. Il confie le lot électricité (6 400 € HT) à un électricien qui n’a aucun contrat avec le propriétaire : l’électricien est son sous-traitant. Si, au contraire, le propriétaire signe lui-même avec le maçon et avec l’électricien, il y a deux contrats directs, donc pas de sous-traitance.

L’agrément du sous-traitant et de ses conditions de paiement

L’article 3 impose à l’entrepreneur qui recourt à un sous-traitant de faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître d’ouvrage, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du marché. Le maître d’ouvrage peut demander à voir les contrats de sous-traitance.

Ce qui se passe sans agrément est écrit au même article : l’entrepreneur reste tenu envers le sous-traitant, mais il ne peut pas lui opposer le contrat de sous-traitance. Pour le sous-traitant, l’absence d’agrément ne supprime donc pas sa créance. Elle le prive en revanche des protections qui supposent un sous-traitant accepté, comme le paiement direct de l’article 6 en marché public.

  1. Le sous-traitant se déclare

    L’entrepreneur principal présente le sous-traitant au maître d’ouvrage, avec la nature et le prix de ses travaux.

  2. Le maître d’ouvrage accepte

    Il accepte le sous-traitant et agrée ses conditions de paiement, de préférence par écrit et avant son arrivée sur le chantier.

  3. Le contrat est signé

    Le sous-traité est signé, avec la garantie de paiement de l’article 14 (voir ci-dessous).

  4. Le dossier est conservé

    Le sous-traitant garde l’acceptation, l’agrément et le contrat : ce sont ses preuves si le paiement se complique.

Caution ou délégation de paiement : la garantie du sous-traitant

L’article 14 pose une règle dure : à peine de nullité du sous-traité, les sommes dues au sous-traitant sont garanties par une caution bancaire personnelle et solidaire obtenue par l’entrepreneur auprès d’un établissement agréé. La caution n’a pas à être fournie si l’entrepreneur délègue le maître d’ouvrage au sous-traitant, à hauteur des prestations exécutées : dans ce cas, c’est le maître d’ouvrage qui s’engage à payer le sous-traitant.

Côté pratique, un sous-traitant qui signe sans l’une de ces deux garanties s’expose à un contrat nul. Demandez l’attestation de caution ou la délégation avant de commencer, et gardez-la avec le contrat. La trame d’un contrat qui les prévoit est dans le modèle de contrat de sous-traitance BTP.

Être payé : paiement direct ou action directe

Deux mécanismes protègent le sous-traitant contre l’entrepreneur qui ne paie pas, et ils dépendent de la nature du marché.

Marché public : le paiement direct
L’article 6 prévoit que le sous-traitant direct du titulaire, accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées, est payé directement par le maître d’ouvrage pour sa part du marché, y compris si l’entrepreneur est en liquidation. Un seuil de 600 euros s’applique. Les règles sont reprises dans le Code de la commande publique.
Marché privé : l’action directe
L’article 12 donne au sous-traitant une action directe contre le maître d’ouvrage si l’entrepreneur principal ne paie pas un mois après mise en demeure, avec copie au maître d’ouvrage. La renonciation à cette action est réputée non écrite, et elle subsiste en cas de liquidation. Elle est limitée aux sommes que le maître d’ouvrage doit encore à l’entrepreneur (article 13).

La démarche détaillée, les délais et les courriers sont dans le guide sur le paiement direct du sous-traitant. Pour les relances classiques avant d’en arriver là, voir relancer une facture impayée.

TVA en sous-traitance : l’autoliquidation

Pour les travaux immobiliers sous-traités entre deux assujettis établis en France, la TVA n’est pas facturée par le sous-traitant : elle est due par l’entrepreneur principal, qui la déclare et la déduit. La facture du sous-traitant part hors taxes, avec la mention « Autoliquidation ». Les conditions, la mention exacte et les erreurs à éviter sont dans le guide de l’autoliquidation de TVA en sous-traitance BTP.

Un sous-traitant en franchise en base de TVA ne porte pas cette mention : il écrit « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » jusqu’au 31 décembre 2026, puis « TVA non applicable, article L. 233-3 du CIBS » à partir du 1er janvier 2027.

La facture du sous-traitant : mentions, avancement, retenue

La facture d’un sous-traitant est adressée à l’entrepreneur principal, son client, et non au maître d’ouvrage. Elle porte les mentions de toute facture professionnelle, et le même devis d’origine que le contrat. Sur un chantier long, elle prend la forme de situations de travaux poste par poste, comme pour le titulaire.

Lignes propres à la facture d’un sous-traitant

Client : [entrepreneur principal], donneur d’ordre

Chantier : [adresse], marché de [maître d’ouvrage] du [date]

Référence du sous-traité : n° [numéro] du [date], accepté par le maître d’ouvrage le [date]

Travaux de la période : [lot et postes], avancement cumulé [x] %

Montant HT de la période : [montant] €

Autoliquidation

Retenue de garantie de 5 % : [montant] € (le cas échéant), libérable un an après la réception

Compte prorata : [x] % soit [montant] € (le cas échéant)

Net à payer : [montant] €

La retenue de garantie et le compte prorata n’existent que si le contrat les prévoit. L’article 4 de la loi du 16 juillet 1971 rend la retenue de garantie applicable aux conventions de sous-traitance.

Pour la retenue, voir la retenue de garantie sur travaux. Pour le compte prorata, voir la définition du compte prorata.

Pour émettre une telle facture, Deviseo sert comme pour n’importe quel document : devis, situations de travaux, acompte déduit, avoir. Le sous-traitant n’a pas de fonction dédiée : il saisit lui-même la mention. La page sur les situations de travaux montre le fonctionnement du cumul.

Assurance et réception : ce que le sous-traitant garde à l’esprit

Le sous-traitant répond de ses travaux envers l’entrepreneur principal. Demandez-lui, ou fournissez à votre donneur d’ordre, l’attestation d’assurance décennale en cours de validité : le détail est dans le guide décennale, biennale, parfait achèvement. La garantie de parfait achèvement court à partir de la réception, constatée par un procès-verbal de réception. La retenue de garantie est libérée un an après cette réception.

Questions fréquentes

Un sous-traitant BTP peut-il être payé directement par le client ?

En marché public, oui : le sous-traitant accepté et agréé est payé directement par le maître d’ouvrage (article 6 de la loi de 1975). En marché privé, il dispose de l’action directe contre le maître d’ouvrage après mise en demeure de l’entrepreneur, ou d’une délégation de paiement si elle a été prévue.

Que risque un sous-traitant qui n’a pas été agréé ?

Il reste créancier de l’entrepreneur principal, qui ne peut pas lui opposer le contrat (article 3). En revanche, il perd les protections qui supposent un sous-traitant accepté, notamment le paiement direct en marché public.

Le contrat de sous-traitance doit-il être écrit ?

Oui en pratique : l’acceptation et l’agrément des conditions de paiement (article 3) et la garantie de paiement (article 14) reposent sur des documents. Un contrat écrit est le seul moyen de les prouver en cas de litige.

Le sous-traitant doit-il facturer la TVA ?

Non, pour des travaux immobiliers sous-traités entre deux assujettis établis en France : il facture hors taxes avec la mention « Autoliquidation ». Sous franchise en base, il porte la mention de l’article 293 B du CGI.

Y a-t-il une retenue de garantie sur le sous-traitant ?

Oui si le contrat la prévoit : la loi du 16 juillet 1971 s’applique aux conventions de sous-traitance (article 4), avec le même plafond de 5 % et la même libération un an après réception.

Sources