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Guides pratiques

Autoliquidation en sous-traitance : qui facture quoi

Vous posez le carrelage d’un maître d’œuvre, vous n’êtes pas le titulaire du marché, et vous facturez 20 % de TVA « comme d’habitude ». C’est l’erreur la plus chère du dossier : depuis 2014, c’est le donneur d’ordre qui reverse la taxe. Votre facture part hors taxes, avec une mention obligatoire. Sans elle, le client ne déduit rien, et vous êtes tous les deux dans le rouge.

Par Anas Rabhi Mis à jour le 27/10/2026 6 min de lecture

La règle en une phrase

Pour les travaux de construction (réparation, nettoyage, entretien, transformation, démolition) réalisés par un sous-traitant au sens de la loi du 31 décembre 1975 (le parcours complet est dans le guide de la sous-traitance dans le BTP), la TVA est due par le preneur, pas par celui qui exécute. Base : article 283, 2 nonies du CGI, pour les contrats conclus depuis le 1er janvier 2014.

RôleSur la factureDans la CA3
Sous-traitant Montant HT, aucune ligne de TVA, mention obligatoire Il ne collecte pas cette taxe
Donneur d’ordre Il reçoit une facture HT Il porte le HT en autoliquidation, déclare et déduit
Maître d’ouvrage particulier Hors champ : TVA normale Sans objet
Qui facture, qui déclare, et qui n’est pas concerné.

Trois conditions, toutes les trois

Un vrai contrat de sous-traitance
Loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975, art. 1er : le sous-traitant exécute le marché d’un autre. La co-traitance (deux entreprises côte à côte, chacune titulaire) n’ouvre pas le mécanisme.
Des travaux immobiliers
Construction, réparation, nettoyage, entretien, transformation, démolition d’un bien immobilier. Une livraison de matériel sans pose, une prestation intellectuelle : hors champ, à ventiler.
Deux assujettis établis en France
Sous-traitant et donneur d’ordre tous deux assujettis à la TVA en France. Un particulier n’est pas un preneur au sens de ce texte.

En chaîne (le titulaire sous-traite à A, qui sous-traite à B), chaque maillon applique la règle vis-à-vis de son donneur d’ordre immédiat. B facture HT à A ; A facture HT au titulaire. Le titulaire, lui, facture le maître d’ouvrage en TVA normale. Le mécanisme ne remonte jamais jusqu’au particulier.

Le donneur d’ordre qui oublie d’autoliquider sur sa CA3 se fait redresser de son côté, même si votre facture est juste. Dites-lui, une fois, où porter la ligne. Vous n’êtes pas son expert-comptable ; vous êtes la personne dont la facture sans TVA va l’étonner s’il n’a pas été prévenu au devis. Un appel avant la première facture HT évite une semaine de mails.

La mention sur une facture en autoliquidation

Mention obligatoire d’autoliquidation

Autoliquidation

Formulation prévue au 13 du I de l’article 242 nonies A, annexe II du CGI.

Équivalent admis

TVA due par le preneur, article 283, 2 nonies du CGI

Aucune ligne de taux ni de montant de TVA ne doit figurer sur la partie concernée.

Si le même document mélange des travaux autoliquidés et une livraison de matériel sans pose, on ventile. Deux blocs : l’un HT avec la mention, l’autre au taux normal avec sa TVA. Un total unique « tout HT » sur un chantier mixte est illisible en contrôle.

Autoliquidation TVA : exemple de facture complète

Le carreleur du cas précédent émet sa facture au maître d’œuvre. Les montants sont un exemple pédagogique ; les crochets sont à remplacer par vos informations.

Facture de sous-traitance en autoliquidation

FACTURE n° FAC-2026-0087, émise le 20 novembre 2026

Émetteur : [raison sociale], [adresse], SIREN [numéro], TVA intracommunautaire [numéro]

Destinataire : [raison sociale du maître d’œuvre], [adresse], SIREN [numéro], assujetti à la TVA en France

Chantier : salle de bain de 12 m², 8 rue des Tilleuls, 31000 Toulouse. Marché de sous-traitance n° [référence], devis DEV-2026-0211 accepté le 4 octobre 2026

Pose de carrelage grand format, ragréage et plinthes, 12 m² : 8 400,00 € HT

Total HT : 8 400,00 €

TVA : aucune ligne de taux ni de montant. Autoliquidation

Net à payer : 8 400,00 €, avant le 20 décembre 2026

En cas de retard de paiement, indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 € et pénalités de retard au taux de [taux] %. Pas d’escompte pour paiement anticipé.

Le total à payer est égal au total HT : la taxe n’apparaît pas, c’est le maître d’œuvre qui la déclare sur sa déclaration de TVA. Les mentions générales de la facture sont dans le guide des mentions obligatoires.

La numérotation, la date, le détail des prestations et les mentions de retard restent ceux d’une facture ordinaire ; seule la TVA change. Le maître d’œuvre inscrit les 8 400 € HT en autoliquidation et déduit la taxe correspondante, au taux applicable à ces travaux, s’il a un droit à déduction intégral. Les articles cités sont ceux du CGI en vigueur en 2026 : la recodification de la TVA dans le CIBS, prévue au 1er janvier 2027, en change la numérotation et non la règle.

Ce qui n’est pas de l’autoliquidation

  • La relation directe avec un particulier : TVA normale, taux 20, 10 ou 5,5 % selon les travaux
  • La co-traitance : chacun facture le maître d’ouvrage pour sa part
  • Une simple vente de matériaux, sans pose
  • Une étude, un diagnostic, une prestation intellectuelle sans travaux immobiliers
  • L’autofacturation, où c’est le donneur d’ordre qui établit la facture pour le compte du sous-traitant : un mécanisme distinct de l’autoliquidation

L’autoliquidation n’est pas non plus un acompte, une situation de travaux ni une retenue de garantie. Ce sont des mécanismes de paiement, pas de TVA. La définition courte est dans le glossaire de l’autoliquidation et celle du contrat dans le glossaire de la sous-traitance. Pour écrire la clause de TVA dans le contrat, partez du modèle de contrat de sous-traitance.

Avant d’émettre, relisez trois lignes : le destinataire est-il assujetti en France, êtes-vous son sous-traitant au sens de 1975, les prestations sont-elles des travaux immobiliers ? Un « oui » à tout : HT et mention. Un « non » à l’un des trois : taux normal, intermédiaire ou réduit, comme pour n’importe quel autre client. Le doute se lève au contrat, pas à la CA3 du mois suivant. Un donneur d’ordre qui « préfère voir la TVA » n’a pas le choix : le mécanisme est d’ordre public.

Questions fréquentes

Dois-je facturer la TVA à un maître d’œuvre ?

Non, si vous êtes son sous-traitant au sens de la loi de 1975, sur des travaux immobiliers, et que vous êtes tous deux assujettis en France. Vous facturez hors taxes avec la mention « Autoliquidation ». C’est lui qui déclare.

L’autoliquidation s’applique-t-elle chez un particulier ?

Non. Le mécanisme ne concerne que la relation entre deux assujettis. Face à un consommateur, vous appliquez le taux normal, intermédiaire ou réduit selon la nature des travaux.

Je suis en franchise en base : quelle mention ?

« TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Pas la mention d’autoliquidation. Les deux régimes ne se superposent pas.

Que se passe-t-il si j’applique 20 % par erreur ?

Vous collectez une taxe qui n’était pas due par vous. Le donneur d’ordre, de son côté, n’a pas autoliquidé. Les deux déclarations sont fausses. La régularisation passe par un avoir et une facture HT, plus la correction des CA3.

En chaîne de sous-traitance, qui autoliquide ?

Chaque sous-traitant vis-à-vis de son donneur d’ordre immédiat. Le titulaire du marché, lui, facture le maître d’ouvrage en TVA normale. Le mécanisme s’arrête avant le particulier.

Sources