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Guides pratiques

La facture d’artisan, mention par mention

Une facture incomplète n’est pas seulement un document mal fini. C’est un motif de redressement, un levier pour un client qui ne veut pas payer, et une amende qui peut monter à 75 000 € pour une personne physique. Voici ce qui doit figurer sur chaque facture d’artisan, ce qui la rend contestable, et les phrases à coller une fois pour toutes.

Par Anas Rabhi Mis à jour le 06/09/2026 5 min de lecture macon, electricien, plombier, peintre-en-batiment

Ce que coûte une mention oubliée

Tout achat ou prestation entre professionnels doit faire l’objet d’une facture (code de commerce, art. L441-9). Le vendeur la délivre dès la réalisation de la prestation ; l’acheteur doit la réclamer. Pour un particulier, le code de la consommation impose aussi une note ou une facture — et, en dépannage, réparation ou entretien du bâtiment, dès le premier euro.

75 000 € amende max. personne physique Absence de facture ou de mentions, art. L441-9, 1re infraction
375 000 € amende max. personne morale Même infraction, 1re fois ; le double en cas de réitération sous 2 ans
10 ans conservation comptable À compter de la clôture de l’exercice ; 6 ans au titre fiscal

Un électricien qui termine un tableau le vendredi et facture le lundi suivant reste dans l’esprit du texte. Celui qui attend que le client « réclame la facture » trois semaines plus tard ne l’est plus. L’obligation d’émettre pèse sur le vendeur, pas sur le destinataire. La conservation, elle, pèse sur les deux : dix ans, y compris après un changement de logiciel ou de comptable. Détruire les PDF « parce que le nouvel outil ne les reprend pas » est une faute, pas une migration.

Trois corpus, une seule facture

Les mentions d’une facture d’artisan ne viennent pas d’un seul texte. Elles s’empilent. Un document qui « a l’air complet » peut rester hors la loi s’il oublie un seul des trois étages.

Mentions commerciales
Code de commerce, art. L441-9 et R441-5 : identité des parties et adresse de facturation, date de la vente ou de la prestation, quantité, dénomination, prix unitaire HT, réductions acquises, date d’échéance, conditions d’escompte, taux des pénalités de retard, indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €, numéro de bon de commande le cas échéant.
Mentions fiscales
CGI art. 289 et annexe II art. 242 nonies A : numéro unique et séquentiel sans rupture, date d’émission, identité complète vendeur et acheteur, SIREN ou SIRET, RCS et ville (ou RM / RNE pour un artisan), TVA intracommunautaire, désignation et quantité, prix unitaire HT, taux de TVA ou fondement de l’exonération, totaux HT et TTC.
Mentions propres au BTP
Assurance décennale (assureur, n° de contrat, zone couverte). Retenue de garantie ou autoliquidation, si le chantier les déclenche — ce sont des mécanismes distincts, pas des mentions permanentes.

Les pénalités de retard et l’indemnité de 40 € doivent figurer sur chaque facture adressée à un professionnel, même en l’absence de retard. Le barème et les délais légaux sont détaillés dans le guide des délais de paiement.

Le trou dans la numérotation

Le numéro de facture est unique, séquentiel, sans rupture ni doublon. Un numéro sauté, une série par chantier, une facture « F-terrasse-Dupont » : ce sont des indices classiques de document non probant en contrôle fiscal.

PratiquePermise ?Pourquoi
Séquence continue sur l’année : F-2026-0001, 0002, 0003 Oui C’est le schéma attendu
Remise à zéro au 1er janvier, série annuelle distincte Oui À condition qu’aucune rupture n’apparaisse dans l’année
Préfixe par type : FAC-, AVO-, ACO- Oui Chaque série reste continue et sans trou
Une série par chantier ou par client Non Les trous deviennent inévitables et illisibles
Ce qui est admis pour numéroter, et ce qui expose à un redressement.

La facture reprend aussi les mentions d’assurance déjà portées sur le devis. Les oublier d’un côté et pas de l’autre est un motif fréquent de contrôle. Voir les mentions d’assurance décennale et, pour le devis amont, les mentions du devis BTP.

Les mentions à coller, et celles qui arrivent

Indemnité forfaitaire de recouvrement (factures entre professionnels)

Pour tout professionnel, en sus des indemnités de retard, toute somme, y compris l’acompte, non payée à sa date d’exigibilité produira de plein droit le paiement d’une indemnité forfaitaire de 40 euros due au titre des frais de recouvrement.

Cette mention est permanente. Elle ne s’applique pas aux factures adressées à un particulier.

Un peintre qui facture un syndic et un particulier le même après-midi sort deux documents. Chez le syndic : pénalités, 40 €, SIREN du destinataire. Chez le particulier : pas d’indemnité forfaitaire, pas de L441-10. Copier le pied de page de l’un sur l’autre pose une mention inapplicable, ou en oublie une due. Deux modèles, ou un pied qui distingue clairement « pour tout professionnel ».

Franchise en base, le cas échéant

TVA non applicable, art. 293 B du CGI

À porter à la place de toute ligne de TVA, pas en plus.

L’identité de l’acheteur — nom, adresse de facturation, et SIREN s’il est professionnel — fait déjà partie des mentions commerciales (art. L441-9). Un modèle de facture artisan les pose dans l’ordre, avec l’échéance, les pénalités et les 40 €.

  • Oublier SIREN, SIRET ou RM, surtout en micro-entreprise
  • Émettre la facture longtemps après la fin du chantier
  • Ne pas distinguer date de prestation et date d’émission
  • Détruire les PDF en changeant de logiciel, avant les 10 ans

Questions fréquentes

Puis-je numéroter mes factures par chantier ?

Non. Le numéro doit être unique et séquentiel, sans rupture. Une série par chantier crée des trous. Une remise à zéro annuelle, ou un préfixe par type de document, reste possible si chaque série est continue.

L’indemnité de 40 € s’applique-t-elle aux particuliers ?

Non. Elle est due de plein droit entre professionnels, dès le premier jour de retard, en complément des pénalités. Elle ne s’applique pas aux factures adressées à un consommateur.

Combien de temps dois-je garder mes factures ?

Dix ans à compter de la clôture de l’exercice comptable (code de commerce, art. L123-22). Le droit de communication fiscal est de six ans. On retient dix ans, la durée la plus longue.

Dois-je facturer le jour même de la fin du chantier ?

La loi dit « dès la réalisation » de la prestation, sans délai de tolérance généralisé. Facturer trois semaines plus tard parce que le client n’a pas réclamé n’est pas une option.

Que se passe-t-il si une mention manque ?

L’amende administrative peut atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, au titre de l’article L441-9. En cas de réitération sous deux ans, ces plafonds sont doublés. Ce sont des maximums, pas un tarif automatique.

Sources