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Guides pratiques

Devis signé : ce qu’il engage pour l’artisan et le client

Un devis signé n’est plus une proposition : c’est un contrat. Il engage l’artisan sur le prix et la prestation, et le client sur le paiement, avec la force obligatoire que le Code civil donne à tout contrat. Ce guide explique ce que cet engagement couvre, comment modifier un devis signé sans litige, et où il s’arrête. Il prolonge le guide comment faire un devis. La formule de signature elle-même est expliquée dans la fiche bon pour accord.

Par Anas Rabhi Mis à jour le 07/10/2026 6 min de lecture

Un devis signé vaut contrat

Tant que le client n’a pas signé, le devis est une offre. L’artisan la tient pendant sa durée de validité, et le client reste libre d’aller voir ailleurs. À la signature, l’offre est acceptée et le contrat est formé. Service-Public.fr le formule ainsi : le devis engage le professionnel dès qu’il est accepté par le client, et le client est lié à compter du moment où il signe.

Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

Devis non signéDevis signé
NatureOffre de l’artisanContrat entre l’artisan et le client
Le client peut renoncerOui, librementNon, sauf rétractation légale ou indemnisation
L’artisan peut changer le prixAprès la fin de validité du devisNon, sauf avenant accepté
Preuve en cas de litigeFaibleLe devis daté et signé
Une offre ne peut pas être retirée avant la fin du délai qu’elle fixe, ou à défaut avant un délai raisonnable (Code civil, article 1116).

Le mot « signé » compte plus que la formule. Un client qui écrit « bon pour accord » sans signer, ou qui signe sans date, rend la preuve plus fragile. La mention manuscrite est une pratique de la profession, pas une obligation du bâtiment : voir le glossaire pour la formule exacte et ses variantes.

Ce que le devis signé engage, côté artisan et côté client

L’artisan s’engage sur la prestation
Il doit réaliser les travaux décrits, dans les règles de l’art, au prix du devis et dans le délai annoncé. Un poste oublié sur le devis reste à sa charge : le client ne paie que ce qui est écrit.
L’artisan s’engage sur le prix
Le total signé ne se révise pas à la hausse parce qu’une fourniture a augmenté. Les imprévus de chantier se traitent par un avenant avant d’être exécutés, jamais en fin de chantier sur la facture.
Le client s’engage à payer
Il doit le prix convenu aux échéances prévues : acompte, situations éventuelles, solde. Le devis signé est la pièce sur laquelle s’appuie une relance, puis une mise en demeure.
Le client s’engage à laisser faire
Accès au chantier, livraison des matériaux, décisions en temps utile. Son retard ou son refus peut justifier un report de l’artisan, ou une indemnisation.

Cet équilibre vaut surtout pour les marchés à forfait. Quand le devis est établi en régie, à l’heure et aux fournitures réelles, c’est le mode de calcul qui est engagé, pas un total. Le devis doit alors le dire clairement.

Peut-on modifier un devis signé ? Par un avenant, jamais seul

Un contrat ne se modifie que du consentement mutuel des parties, ou pour les causes que la loi autorise (Code civil, article 1193). Dans le bâtiment, cela donne une règle simple : tout changement de prix ou de périmètre passe par un avenant écrit, daté et signé avant d’être exécuté.

Pour un marché à forfait convenu sur un plan, l’article 1793 du Code civil est encore plus net : l’entrepreneur ne peut demander aucune augmentation de prix, ni sous prétexte de hausse de la main-d’œuvre ou des matériaux, ni pour des changements ou des augmentations faits sur le plan, s’ils n’ont pas été autorisés par écrit par le client, avec le prix convenu.

Exemple : un devis signé de 6 850,80 € TTC pour une salle de bain. En cours de chantier, le client demande un point d’eau supplémentaire pour un lave-linge, chiffré 420 € HT. Avec 10 % de TVA, l’avenant porte 42 € de TVA et 462 € TTC. Le nouveau total est de 7 312,80 € TTC (6 850,80 + 462). Sans avenant signé, ces 462 € sont une dette contestable.

Modèle d’avenant au devis, à recopier

AVENANT n° [numéro] au devis n° [numéro du devis] du [date]

Date de l’avenant : [date]

Entre [nom de l’entreprise] et [nom du client], il est convenu de modifier le devis initial comme suit.

Travaux supplémentaires ou modifiés : [description précise]

Montant HT : [montant] € · TVA [taux] % : [montant] € · Montant TTC : [montant] €

Nouveau total du marché : [montant] € TTC (devis initial [montant] € + avenant [montant] €)

Incidence sur le délai : [aucune / + X jours]

Les autres conditions du devis restent inchangées.

Bon pour accord. Date et signature du client, précédées de la mention « Lu et approuvé » :

Faites signer l’avenant avant de commencer les travaux supplémentaires. Un accord oral pendant le chantier se prouve mal.

Où s’arrête la force obligatoire d’un devis signé

Le devis signé engage, mais pas sans exception. Trois cas déplacent l’équilibre :

Le contrat signé chez le client
Un consommateur qui signe à son domicile dispose de 14 jours pour se rétracter, sans motif. Le détail est dans le guide sur le droit de rétractation travaux.
Le client qui change d’avis
Hors rétractation, un client qui annule doit dédommager l’artisan. Les montants, l’acompte et les arrhes sont dans le guide pour annuler un devis signé.
Le devis signé trop tard
Un devis signé après sa date de validité n’engage pas automatiquement l’artisan. Le sujet est traité dans la page sur la validité du devis.

Reste le cas où personne n’a rien signé mais où les travaux ont été faits. La preuve du contrat repose alors sur d’autres éléments, et c’est un terrain de litige. Le mieux est de ne pas y arriver : voir devis obligatoire pour des travaux pour savoir quand l’écrit est exigé.

Ce qu’il faut garder pour prouver l’engagement

En cas de litige, c’est le dossier qui parle. Un devis signé que l’on ne retrouve pas ne vaut rien devant un juge. Conservez, pour chaque chantier, les éléments suivants.

  • le devis daté et signé par le client, avec ses annexes (détail des postes, plans, conditions de vente) ;
  • les avenants signés, rattachés au devis par leur numéro ;
  • les échanges écrits sur les changements de dernière minute (mails, messages), même quand l’avenant n’a pas encore été signé ;
  • la preuve de l’envoi du devis et de sa date, pour fixer la durée de validité ;
  • les factures d’acompte et de situation, qui rappellent le devis dont elles découlent.

La conservation des factures a ses propres durées, traitées dans les guides sur la facturation. Pour le devis, le plus simple est de le garder aussi longtemps que court le délai pendant lequel l’une des parties peut agir contre l’autre. Ce délai est expliqué dans la page sur la prescription d’une facture impayée.

Questions fréquentes

Un devis signé vaut-il contrat ?

Oui. Le devis accepté par le client est le contrat de travaux : il fixe la prestation et le prix, et chacun est tenu de l’exécuter. L’article 1103 du Code civil dit que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

L’artisan peut-il augmenter le prix après la signature ?

Non, pas seul. Pour un marché à forfait sur un plan convenu, l’article 1793 du Code civil interdit toute augmentation de prix, même pour la hausse des matériaux, sauf changement autorisé par écrit par le client. Un prix ne bouge que par un avenant accepté, ou par une clause de révision prévue dès le devis.

Le client doit-il signer chaque page du devis ?

Nous n’avons trouvé aucun texte qui l’impose. Une signature en fin de document, avec la date, suffit à l’acceptation. Faire parapher chaque page limite la contestation sur les pages jointes, comme le détail des postes ou les conditions de vente.

Que faire si le client refuse de payer un devis signé ?

Commencez par la relance, puis la mise en demeure en lettre recommandée. Le devis signé est la pièce centrale du dossier. La marche à suivre est détaillée dans le guide pour relancer une facture impayée.

Sources